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Retour sur la première consultation citoyenne avec Emmanuel Macron

Emmanuel Macron était à Epinal, mardi 17 avril, pour lancer la première « consultation citoyenne » sur l’Europe, une idée lancée par la France et reprise par l’ensemble des Etats membres de l’Union. Jusqu’en octobre, le gouvernement va aller à la rencontre des Français pour écouter ce qu’ils ont à dire sur le fonctionnement de l’UE et pour démêler le faux du vrai avant les élections européennes de mai 2019.

Devant quelque 300 personnes, réunies au palais des congrès de la ville, qui s’étaient inscrites pour participer à la rencontre, le président s’est donc prêté, debout au centre de la salle et pendant plus de deux heures, au jeu des questions-réponses.

M. Macron a commencé par étayer son projet pour « une Europe plus démocratique, plus unie et plus souveraine ». Il a insisté sur le fait que l’Europe réussit à agir lorsqu’elle intervient de manière coordonnée, comme par exemple en ce qui concerne le nouveau règlement sur la protection des données, qui devra entrer en vigueur le 25 mai. C’est la preuve que l’Europe prend des mesures face aux géants du numérique américain pour protéger les européens. L’Europe apporte une grande plus-value et est plus efficace lorsqu’elle prend des décisions à 28 dans certains domaines et notamment face aux défis du réchauffement climatique. Enfin, l’Europe est le lieu idéal pour défendre les valeurs européennes a-t-il déclaré.

Les questions du public, déjà bien avertis sur les questions européennes s’en sont suivis, couvrant des sujets variés : l’investissement de la banque centrale européenne dans l’économie réelle, le programme Erasmus, les contraintes géographiques de l’Europe, l’Europe spatiale, l’égalité homme-femme, l’idée d’une carte d’identité européenne, la politique étrangère européenne, l’apprentissage des langues étrangères en Europe ou encore la concurrence commerciale entre les pays européens…

Voici des extraits de questions-réponses :

Quelle stratégie pour le programme Erasmus+ ?

Erasmus+ a changé la vie de dizaine de milliers d’européens. Il faut pouvoir démultiplier ce programme, s’associer aux universités européennes et créer de véritables universités européennes et ce quel que soit l’expérience qu’on choisit (apprentissage, études supérieures…) ! L’engagement français européen pour ce programme doit être ambitieux. Les nouvelles priorités doivent être financées avec un fonds propre européen (ex : taxe carbone).

Quel est le périmètre de l’Europe ? Quelle stratégie mettre en place face aux menaces commerciales et sécuritaires de pays comme les Etats-Unis ?

L’Europe doit aller jusqu’à la Turquie et la Russie, une Europe large de l’Atlantique à l’Oural et un espace de libre circulation de valeurs et de personnes. Il faut réussir à arrimer les Balkans à l’Europe. Mais avant cela il faut approfondir et réformer l’Europe avant que d’autres pays rejoignent l’Union (ex : accord de coopération avec la Turquie). Si nous rétrécissons l’Europe, nous rétrécissons l’Europe des valeurs.

Aujourd’hui l’Europe n’a pas de politique de défense mais il existe une coopération structurée, avec un fonds européen de défense, qui est complémentaire au fonds national. Il faut revoir les règles et la prise de décision sur les questions de politique étrangère, remplacer l’unanimité au Conseil européen par la Majorité Qualifiée. Sur le dossier syrien, l’Europe agit en coordination. Le statu quo n’est plus soutenable face aux défis majeurs que l’Europe rencontre !

Il est nécessaire de faire converger les systèmes, un espace central qui corresponde à la zone euro, où faire converger les modèles économiques et sociaux. Mieux coordonner et intégrer, signifie également avoir un budget. Il faut sortir de la paralysie, les Etats membres qui souhaitent avancer ne doivent pas être bloqués par d’autres.

A quand une carte d’identité européenne ?

Oui, sans pour autant renoncer à la souveraineté nationale. Il faut pouvoir conjuguer la souveraineté européenne et nationale dans une projet commun. L’idée d’une carte d’identité européenne est une bonne idée notamment face aux défis de la migration. Elle permettrait à chaque personne qui entre sur le territoire d’être identifiée plus facilement et ainsi aux citoyens européens d’être mieux protéger et de vivre plus sereinement. Les défis de la migration sont amenés à perdurer en Europe (démographie faible en Europe et à l’inverse démographique importante en Afrique). Il faut avoir une politique d’accueil pour les demandeurs d’asile qui fuient les guerres.

QUID de l’aménagement des territoires au niveau européen ?

La Politique Agricole Commune (PAC) permet de financer le modèle qui est le nôtre, l’ambition de la PAC ne doit pas être réduite. Il faut construire une souveraineté alimentaire et sanitaire, la stratégie agricole a besoin d’un système européen dans la métropolisation contemporaine. Il existe aujourd’hui 3 types de ruralité : la ruralité pauvre, la ruralité riche et la ruralité intermédiaire (comme Epinal). C’est à l’Etat d’accompagner les projets, libérer le télétravail. Il existe un changement d’organisation sur les territoires ; la ruralité sera un espace de télétravail. Il s’agit aussi de réhabiliter les cœurs de ville, réattirer les commerçants…

Que fait l’Europe ? Comment vendre l’idée de l’Europe ?

Il faut un temps de reconnaissance et d’échange. Il y a un fort besoin de pédagogie sur l’Europe, il faut construire un argument cohérent. Quel projet pour l’Europe ? Quelle est la destination ? Le projet politique ? Il faut informer sur l’Europe.

Le prix des produits a fortement augmenté depuis l’entrée en vigueur de la zone euro, « qu’avant l’euro le Picon coûtait 5 francs au comptoir et maintenant trois fois plus » !

Non, pas de tous les produits ! Mais « l’Europe nous a évité de nous refaire la guerre depuis soixante-dix ans, ce qui n’était jamais arrivé. Rappelez-vous cela face à votre Picon la prochaine fois ».

Question d'un négociant bovin. Comment faire face à la concurrence directe d’autres pays européens (notamment tarifaire)? Que va-t-on faire en plus de la PAC ?

L’élevage français est compétitif, c’est l’abattage qui ne l’est pas. Il y a un contournement de certains pays des règles avec l’embauche de travailleurs détachés qui crée une compétitivité artificielle. Il faut optimiser les règles européennes et aller vers une souveraineté alimentaire européenne, mettre en place une agence sanitaire européenne.

Pour visionner la consultation, cliquez ici

publié le

19 avril 2018

par :

Camille DJUROVIC